Je suis une fille d’esclaves !

En visite hier, samedi 18 mars 2017 à l’île de Gorée dans la baie de Dakar au Sénégal, nous avons eu l’occasion d’aller à la maison tristement célèbre des Esclaves.  Comme vous le savez je suis à Dakar depuis trois semaines pour le programme YALI (Young African Leadership Initiative) un programme de formation en leadership de 5 semaines. L’île est à la fois une île de l’océan Atlantique Nord et fais partie des 14 communes d’arrondissement de la capitale. Elle reste un temple chargée de souvenirs douloureux de la traite Négrière.

Pourquoi Gorée ?

L’île serait découverte en 1444 par des marins commandants sous le leadership de Dennis Diaz et fut baptisée « Palma »  et nommé « Ber » par les populations autochtones. En 1588, la marine hollandaise s’en saisit et fut rebaptisé « Goede reede » signifiant bonne rade, son sens étymologique d’où le nom Gorée. Les français s’y implantent le 01 novembre 1677 mais ils se disputent l’île avec les Anglais qui l’occupent de 1804 à 1817 puis rendue à la France.

L’île de Gorée regorgeait bien des potentialités qui étaient bien avantageux aux marins : fertilité des terres en termes d’agriculture et minières, proximité d’un continent avec lequel s’ouvraient de grandes possibilités de commerce et facilités de défense du lieu (Les Etats Unis). Autant de raisons pour que les puissances européennes se la soient disputée.
Sa prospérité fut liée au commerce dont celui des esclaves qui fut un des fondements de l’organisation économique des colonies d’Amérique.

 

65d1f1_33ed968b04f4467c93a0a46ce24df1ca
La maison des Esclaves

 

 

Du Trafic Humain à l’Esclavage

Le XVe siècle voit l’avènement d’une pratique barbare qui perdurera au moins trois siècles : le commerce triangulaire. Les Européens, soucieux de se procurer à moindre coût de la main-d’œuvre pour travailler aux colonies, mettent en place un trafic humain. Les riches propriétaires terriens ont en effet besoin de bras pour cultiver leurs champs. Des navires qui partent en Afrique à la recherche d’esclaves qu’ils achètent aux rois indigènes contre quelque verroterie et les conduisent en Amérique. Les esclaves ayant résisté à la terrible traversée sont alors vendus dès leur arrivée au port. Ceux qui tombaient malades, étaient jetés à la mer pour réduire des risques de contamination ou de se lancer dans un processus de soins médicaux.  Quinze à vingt millions d’hommes, de femmes et d’enfants seront déportés en quatre siècles dans des conditions atroces par les négriers.

 

3251726652_1_19_t8GLpGc2 Image des Esclaves

 

Au rez-de-chaussée se trouvent les cellules (hommesenfantschambre de pesagejeunes fillesinapte temporaire). Dans celles réservées aux hommes, faisant chacune 2,60 m sur 2,60 m, on mettait jusqu’à 15 à 20 personnes, assis le dos contre le mur, des chaînes les maintenant au cou et aux bras. On ne les libérait qu’une fois par jour afin de leur permettre de satisfaire leurs besoins, généralement dans cette maison, ils y vivaient dans un état d’hygiène insupportable. L’effectif dans cette petite maison variait entre 150 à 200 esclaves. L’attente de départ durait parfois près de trois mois, ces esclaves ayant à faire à des voiliers pour leur transport. Dans cette maison, le père, la mère et l’enfant étaient dans des cellules séparées. Les chambres de pesage étaient réservées aux hommes qui devaient passer outre-mer mais qui n’avaient pas encore 60 kilos, il fallait donc les ‘’mettre en forme’’ avant de passer outre-mer. Il y avait une cellule pour les récalcitrants qui sont ceux-là qui désobéissaient plutôt qui résistaient écœurés par les mauvaises conditions ou des brimades se révoltent ce qui se terminait le plus souvent en bain de sang.

Un voyage sans retour…

Au fond se trouve une porte qui donne sur la mer appelée « la porte sans retour » car tous ceux qui y avaient franchi cette porte n’étaient jamais revenus. Ont-ils été jetés à la mer, sont-ils partis vers une terre inconnue? Impossible de le savoir puis qu’ils ne sont jamais retournés pour la raconter !

2182124047_1

 

La porte sans retour

 

 

 

 

L’arrivée au port ne les délivrait pas de l’horreur. Les esclaves étaient dans un premier temps « remis en forme » afin d’être vendus le plus cher possible (donc rien d’humanitaire dans cette pratique). Puis jugés, étalonnés et vendus comme de vulgaires bêtes, les familles séparées. Leur destination : la plantation pour y travailler dans les champs pour les plus forts physiquement, et dans la maison du maître pour les moins robustes.

Nous sommes enfants d’esclaves mais nous ne sommes pas esclaves.

Cette île constitue jusqu’à nos jours, une page honteuse et douloureuse de notre histoire, oui nous venons de cette terre qui a tant souffert de ce crime contre l’humanité. Nous ne pouvons pas changer cela, nous avons un parent qui a vécu cela, oui je suis une fille d’esclaves mais cela ne fait pas de moi une esclave je suis libre d’aller où je veux de faire, ce que je veux mais je n’ai pas eu cette liberté de moi-même, ce sont nos grands-pères qui ont subi l’esclavage afin que nous vivons comme aujourd’hui.

PICT0024Monument sybolisant l’abolition de l’esclavage

J’ai un autre cri de cœur, je suis malienne et je suis enfant d’Afrique même si le sang sénégalais ne coule pas dans mes veines pour dire ce que je m’apprête à écrire. Mais le fait que j’ai un parent qui ait vécu cette traite, me permet donc d’émettre mon point de vue. Je suis une larme au milieu de la mer de l’île de Gorée  et je pleure parce que je veux que cette maison, symbole de l’esclavage soit un endroit dédié au peuple africain à qui de droit. Chaque africain a le devoir de rendre hommage à ces vaillants hommes, femmes et enfants en y posant les pieds pour savoir d’où l’on vient. ‘’Oui au pardon mais non à l’oubli’’ de ce fait cet endroit doit rester un site touristique pour les africains parce qu’à mon humble avis tant que les Occidentaux verront ces objets qui nous ont attachés ou les pièces que nous avons jadis habité comme des sardines, il y aura toujours ce système d’esclavage mais ‘’pacifique’’ cette fois, ils auront toujours à nous rappeler que c’est là notre place, le ou la petite esclave derrière son maître, ils se sentiront supérieurs. Cependant, nous africains devrions aussi faire preuve d’estime de soi, de positivisme car chaque peuple a son passé. Faisons en sorte que ce qui a été vécu ne soit pas un frein à notre développement, faire en sorte que les sacrifices ne soient pas vains. Honnêtement je préfère qu’on m’appelle ‘’la fille d’esclave’’ à ‘’la fille d’esclavagiste’’.